Cet enregistrement est réédité dans la collection des "Indispensables du baroque", avec une interview inédite de Raphaël Imbert : 

« Le rapprochement de Bach et de Coltrane qui a donné lieu à cet enregistrement en 2007 est né de ma rencontre avec André Rossi, organiste et professeur d’orgue au conservatoire de Marseille, où je remplaçais à l’époque un professeur de jazz. Nous avons tout de suite compris que nous étions des improvisateurs. Dès la première séance, André m’a proposé un choral luthérien, que nous avons joué de façon très modale. Cela sonnait comme du Coltrane. André m’a ensuite montré comment Bach intégrait un choral à une cantate. Là, il s’est déclenché quelque chose de très particulier : nous nous sommes sentis connectés. Par-delà l’évidence musicale, deux dimensions communes nous sont apparues à travers Bach et Coltrane : l’improvisation et l’aspect spirituel.

Cet enregistrement a été élaboré dans l’idée de renouer avec la dimension improvisée de la musique de Bach. Bien qu’elle soit très écrite, tout est improvisé, particulièrement la musique d’orgue. Il ne faut pas négliger cette part d’improvisation qui chez Bach était très importante. Les organistes français sont d’ailleurs les rares musiciens classiques en Europe à avoir conservé cette tradition de l’improvisation. Réhabilitant Bach improvisateur, nous avons aussi souhaité rétablir Coltrane compositeur. On parle beaucoup du virtuose mais l’on oublie souvent qu’il fut un compositeur magistral, pas uniquement du monde du jazz. Son influence est remarquable sur de nombreux compositeurs.

Il est étrange de voir que l’énorme succès de ce disque – il reste l’un des piliers de ma discographie – a eu un effet inverse à celui escompté. Bien accueilli par les médias classiques, il a été boudé par ceux du jazz, qui m’ont catalogué « classique ». Cela m’a coûté six ans de festivals de jazz – comme si j’avais trahi quelque chose parce que j’avais joué Bach de cette manière. Il m’a fallu du temps pour reprendre confiance mais je suis convaincu aujourd’hui que ma démarche est la bonne. Mes projets sont tous dans la continuité les uns des autres. »

- Raphaël Imbert