Depuis 1987, date à laquelle il a créé le Concert Spirituel, Herve Niquet est un acteur majeur de la vie musicale mais c’est aussi un acteur à part. Majeur, car c’est grâce à son amour pour la musique française, les grands motets, les grandes formes, les oeuvres connues et les moins connues qu’on a découvert ou redécouvert les trésors de Campra, Boismortier, Charpentier, Lully, Haendel, Striggio, Offenbach, Grétry.... Majeur, car il est respecté et aimé par un grand nombre de chanteurs et metteurs en scène qui ont croisé son chemin. À part, car il a une capacité hors du commun (voire unique dans le paysage musical actuel !) à faire partager sa musique directement auprès du public.

Alpha est heureux d’accueillir ce grand artiste « total » pour entamer une collaboration sur le long terme et de publier le fruit de ses dernières recherches, ses envies, ses découvertes et ses folies. Outre le Don Quichotte concocté avec ses complices Shirley & Dino (voir p.19), les festivités commencent à Venise, avec les célébrissimes Gloria et Magnificat de Vivaldi, mais dans une version qu’on n’a pas l’habitude d’entendre : « On a plein de choses à découvrir dans ces oeuvres qu’on croit connaître ! », s’enthousiasme Hervé Niquet : « on propose une version qu’on n’entend jamais. C’est la version originelle, celle que Vivaldi avait écrite pour l’Ospedale de Venise ».

L’Ospedale della Pietà est l’orphelinat où Vivaldi est engagé en 1703 comme professeur de violon, puis maître de concert. Un orphelinat de filles : la version originale du Gloria est écrite pour deux choeurs féminins et deux petits orchestres. Dans un petit effectif qui pouvait prendre place sur la tribune de l’église de l’établissement. « Après, pour se faire de l’argent, il en a fait une version à quatre voix mixtes », raconte Hervé Niquet. C’est cette version, avec ténors et basses, qui est très connue.

Dans la version originale, « avec les lignes de ténors chantées par les sopranos, la ligne mélodique est complètement différente. On ne la reconnaît pas. Et les solos chantés en chapelle, par les six altos ensemble, sonnent tout à fait différemment. Dans cette version, il y a un travail formidable pour les voix de femmes. Ça fait quatre ans qu’on le tourne et il n’y a pas d’habitude, pas de train-train. Chaque reprise, chaque remise à niveau est absolument passionnante. Joli feeling, jolis sentiments, c’est une musique jubilatoire. Vivaldi, c’est quand même un très bon auteur... » Source : Ouest France