Ce Requiem présente la synthèse parfaite entre la tradition du plain-chant et la haute technicité polyphonique des chantres franco-flamands qui répandirent leur art dans toute l’Europe occidentale ; découvert à la fin du xxe siècle, il n’a pas encore reçu toute l’attention qu’il mérite. C’est une œuvre lumineuse. Les mélodies du plain chant, constamment présentes, ciselées par la chair vive de la texture polyphonique, flamboient, rayonnent et révèlent l’énergie interne, qui, transperçant les siècles, façonne le déploiement du temps.

L’œuvre est connue par trois sources, deux l’attribuent à Antoine de Févin, et une, le Occo Codex, à Anthonius Divitis. Aujourd’hui, la plupart des musicologues sont plutôt enclins à attribuer ce Requiem à Antoine de Févin. La réalité est que nous n’en savons rien. Les carrières de Divitis et de Févin se sont croisées. Divitis dirigeait la chapelle de la Reine, Anne de Bretagne, et Févin celle du roi Louis xii. Lors des funérailles d’Anne de Bretagne, en 1514, les deux chapelles ont chanté successivement. Il reste que l’attribution à Divitis de ce Requiem dans le Occo Codex, qui est un manuscrit extrêmement soigné, nous semble difficilement être, comme le suggèrent certains musicologues, une simple erreur de distraction du scribe. La raison doit en être beaucoup plus profonde… C’est la version choisie par Marcel Pérès et son merveilleux ensemble.

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