Il existe des projets sur lesquels le directeur artistique d’un label discographique se pose d’emblée quelques questions. Par exemple, lorsqu’il s’agit d’enregistrer les trois sonates « tubes » de Beethoven, maintes fois gravées par les meilleurs interprètes. Cependant, un pianofortiste de l’envergure d’Alexeï Lubimov constitue déjà une bonne raison de mettre en oeuvre le projet, de même que le choix du facsimile d’un piano Erard (1802, copie réalisée par Christopher Clarke) dont l’original fut à portée de Beethoven.

Surtout, cet enregistrement présente un double intérêt:

- la réflexion « transversale » qui a précédé l’enregistrement proprement dit, et qui fait partie intégrante du projet. Elle a réuni Christopher Clarke (facteur), Thierry Maniguet & Jean-Claude Battault (conservateurs), Alexeï Lubimov, Catherine Kintzler (musicologue), Karoly Mostis (accordeur), et le laboratoire de la Cité de la Musique ;

- la possibilité de partager, au sein d’un digibook, cette réflexion sur l’instrument, sa technique, la manière de le jouer et l’impact que tout ceci a sur l’interprétation Le résultat de cette réflexion pluridisciplinaire ne vient à aucun moment brider l’intention de l’interprète, au contraire. Elle est la source d’une énergie nouvelle, à la fois contemporaine et très respectueuse de l’intention des « sources ».