Imaginez la grande salle de concerts du Conservatoire Royal de Bruxelles, la nuit. Les trams de la rue de la Régence ont cessé, le temps d'un bref somme, de relier le Palais de Justice la Place Royale. Sur la scène, au pied du Cavaillé-Coll fatigué, un chêne apparaît. A son bras, une basse Vuillaume, à la patine superbe. Elle et lui ont accompagné Chet Baker pour ses plus beaux enregistrements. Et tant d'autres, depuis trente ans. Le jazz en personne. Mais voici également un pianiste, assis devant un grand Steinway noir. Il est plus jeune. Il ne fait pas, a priori, partie de sa famille : ce sont, plutôt, les festivals de musique contemporaine qui le convoitent, pour interpréter une sonate injouable ou créer une oeuvre nouvelle. Pourtant, cette rencontre n'est pas due au hasard ; ou alors, le hasard fait bien les choses. Ils se sont trouvés, voici quelque temps déjà. Un même amour du son, de l'imagination au pouvoir, du dialogue. Et la musique surgit. Du Clan des Siciliens à Chico Buarque en passant par les fruits capiteux issus de ces deux trajectoires, maintenant croisées. Des compositions qui viennent du coeur et vont à l'esprit, en passant par le bois, les cordes et les mains. Et quelles mains. Ce sont les Nuits de la Régence. Ni jazz, ni classique. Si jamais le terme rencontre a eu un sens musical, c'est durant ces nuits-là.

R 9Classica award