Cet enregistrement est réédité dans la collection des "Indispensables du baroque", avec une interview inédite de Bruno Coscet :

« Johann Sebastian Bach est un compositeur qui m’accompagne depuis les débuts de mon apprentissage musical et ne m’a jamais quitté. J’y reviens régulièrement, en concert, au disque… Cela a un lien, naturellement, avec les suites pour violoncelle seul mais cela va plus loin car l’ensemble du répertoire écrit par Bach exprime pour moi tant de choses différentes qu’il pourrait se suffire à lui-même et me combler. Bach est à la charnière de deux siècles – les XVIIe et XVIIIe siècles –, de deux mondes au coeur du répertoire que je pratique. Du XVIIe siècle, voire même parfois avant, il puise la richesse de son langage musical, de sa grammaire – les formes, l’harmonie, la rhétorique, la diminution qui devient mélisme… –, et nous livre des compositions qui, elles, sont plus tournées vers le XVIIIe siècle.

Dans ma démarche de compréhension et d’exploration des répertoires et des instruments, je suis en perpétuel aller et retour dans ce jeu de miroir entre ces deux siècles. Si cela est valable pour la matière textuelle, ça l’est aussi pour les instruments. On sent chez Bach une recherche de la couleur, de l’élocution, de la diction pour faire passer tous les sentiments ou donner à la fois force et variété au discours musical. Cette démarche emprunte un instrumentarium très riche, qui s’abreuve à la variété du XVIIe siècle, comme si Bach avait besoin de toute cette diversité d’un autre siècle que le sien pour exprimer ce qu’il avait à dire. Paradoxalement, il nous apparaît aujourd’hui très moderne, sans doute par ce qu’il arrive à toucher en nous depuis bientôt trois siècles : la spiritualité, l’humanisme, le sentiment passionnel, sans doute aussi le besoin d’une architecture rassurante.

Face à cette diversité organologique, je me pose la question, à chaque fois que je réaborde une oeuvre de Bach, de l’instrument idéal pour la jouer. Cette quête obsédante m’incite à sans cesse réactualiser mon approche ; il existe toujours, en dépit des réflexes installés, une façon différente de modeler la matière sonore et d’exprimer les choses. Au-delà de cette certitude qu’il y aura toujours à renouveler ou à découvrir avec Bach, je suis fasciné par le fait que sa musique concentre quelque chose d’unique qui touche à la fois le coeur, le corps et l’intellect. »

- Bruno Cocset