L’ophicléide, un instrument romantique perdu au fond de l’orchestre, seulement ?

Publié le 19/11/2015

Le billet de Jérôme Lejeune

Directeur artistique de RICERCAR

Lorsque j’ai réalisé la deuxième volume du Guide des Instruments, 1800-1950, pour l’enregistrement d’un extrait sonore joué au serpent, j’ai eu la chance de découvrir un jeune musicien, tubiste de formation, qui s’était spécialisé dans le jeu des instruments graves de la famille de cuivres du début du XIXe siècle: Patrick Wibart. Quelle ne fut pas ma stupéfaction de découvrir, grâce à lui, que tout compte fait ces instruments peuvent sonner à nos oreilles avec bien autre chose qu’un simple aspect documentaire. Peu de temps après, Patrick me fait parvenir un enregistrement live d’un concerto de Félicien David.

Tout cela ne peut que me convaincre qu’il serait intéressant de compléter l’article du Guide des Instruments et de se pencher sur le répertoire soliste de cet instrument, perdu en général dans la masse orchestrale et auquel Berlioz confie de jouer le thème du Dies Irae dans la Symphonie Fantastique. À cette époque, plusieurs virtuoses se font entendre un peu partout dans les salles de concert européennes. Dans les années 1840 plusieurs méthodes d’ophicléide sont éditées; elles nous permettent de découvrir le niveau de virtuosité auquel pouvaient prétendre ces instrumentistes.

Certes leur répertoire s’apparente à ce que nous considérons, souvent avec dédain, comme de la musique de salon. Mais cette musique n’est elle pas aussi le reflet des grands succès de l’opéra, dont nous avons aussi oublié bien des ouvrages : des thèmes séduisants servant de base à des variations de plus en plus brillantes, des valses, des mazurkas ou des polonaises, des descriptions d’atmosphères...

Ce disque permet d’évoquer la vie éphémère d’un instrument qui a joué un rôle important dans la vie musicale du XIXe siècle, à l’orchestre, dans les musiques d’harmonie et musiques militaires et même à l’église ! Et, si il a été peu à peu remplacé par le tuba, de nos jours, même dans les orchestres « modernes », il est de plus en plus sollicité pour jouer le répertoire qui a été conçu pour ses particularités sonores !

Ce disque apparaît donc comme un complément indispensable au Guide des Instruments !